mardi 25 août 2009

l'autoroute (2)

Car il était parti. Comme ça du jour au lendemain. Un matin, vers la fin du chantier, quand il s'était levé, il trouva sa mère assise au milieu du resto, fermé, vide des ouvriers et de leurs conversations (ou de leur silence du matin), une feuille de cahier (grands carreaux, format 21x29,7, comme écrit sur la liste pour la rentrée), les yeux rougis dans le vague. « il est parti... il ne reviendra pas... Mais qu'est-ce qu'on va devenir ? »


Depuis ce matin-là, quand il voyait passer une voiture noire aux vitres teintées comme dans les films, sous son pont, il ne pouvait s'empêcher que c'était son père qui écumait encore et encore l'autoroute !






Depuis le départ de son père, sa mère n'était plus que l'ombre de la maman qu'il avait chérie. Seuls lui subsistaient les souvenirs émus de fêtes foraines, de gâteaux délicieux les dimanches heureux... Mais elle était toujours présente, même ici sur le pont. Il n'avait qu'à le traverser, regarder au loin les feux des voitures ralentissant avant la barrière et l'imaginer dans sa guérite rendre la monnaie aux vacanciers en partance ou aux VRP qui n'avaient que des billets pour le péage.




Mais ce qui lui plaisait surtout quand il était là, c'était de regarder les voitures et les camions passer. Il se plaisait à penser que l'un de ces véhicules finirait bien par s'arrêter pour l'emmener. Loin. Vite. Ailleurs.


«Le camion rouge et or s'arrêta dans un tonnerre assourdissant. Alors que son conducteur bondissait hors de la cabine, la machine soufflait comme une horde de mustangs sauvages.


Le conducteur se dirigea vars la porte du restaurant. Le silence s'abattit sur la salle. Des tables au comptoir, derrière lequel officiait son père, les regards se braquèrent vers l'étranger.


Il était vêtu de noir, de la tête au pied. Des lunettes de soleil miroirs cachaient ses yeux. D'un long regard panoramique il balaya l'assistance. Chacun se sentit parcouru d'un frisson quand les yeux l'effrolèrent. « Long John Silver », murmurèrent la plupart.


Il se dirigea vers le bar. Son père tentait de dissimuler son appréhension. Il l'avait lui aussi reconnu. Le Sheriff lui avait demandé, comme à tous les commerçants, d'apposer bien en évidence l'affiche « Wanted for road piracy ».


Le routier atteignit enfin le comptoir. « une bière, et qu'ça saute ! ». Un verre, tenu par une main ayant du mal à cacher son appréhension, lui parvint.


« Je suis venu chercher ton fils !

- …

- ton fils ! Le p'tiot qui se cache dans le coin-là ! Ben il faut que tu me le laisses !

- il n'en est pas question !, hurla sa mère qui se précipitait en s'essuyant les mains à son tablier.

- Comment ? C'est les bonnes femmes qui font la loi dans ce trou ?! Bon trêve de plaisanterie, j'en ai besoin, et le premier ou la première (avec une oeillade à l'attention de ma mère) qui s'interpose aura du mal à récupérer tous ses os ! »


Il sentit la forte main l'agripper, et le traîner par le bras vers le parking !


« Mamaaannnnnnnn ! »



Il se réveilla en sueur dans son lit, sa mère ne viendrait pas le réconforter : elle était de nuit aujourd'hui.

7 commentaires:

  1. Mon dieu ce pauvre petit chou !
    C'te cauchemar... l'a lu "Lille au trésor" avant de dormir...
    Ouaip la suite ! la suite !

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  2. J'espère qu'il y a une suite !
    Les personnages sont "prenants".

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  3. je vous demande de vous arrêter !

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  4. Et un rêve en guise de suite.... Mme Kévin a bien eu raison de te pousser.
    Oui, comme les autres, la suite ! :)

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  5. je dirai même plus : la suite! la suite! la suite!

    au fait: sans aucun rapport avec la choucroute, tu l'as gagné, finalement, ce cochon entier?

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  6. Je confirme : Merci Madame Kevin de lui avoir redonné envie !

    Et donc, la suite ! La suite ! La suite !

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