dimanche 15 mars 2009

Un anniversaire passé inaperçu

Voilà 65 ans, jour pour jour, était élaboré, dans la clandestinité, le programme du Conseil National de la Résistance. Nous étions le 15 mars 1944 et des hommes et des femmes vivant dans la clandestinité, avaient décidé de braver l'autoritarisme pour mettre au point leur vision de la France d'après. Leurs objectifs étaient notamment :
  1. la sécurité sociale
  2. la retraite par répartition
  3. l'indépendance des médias vis-à-vis de l'argent

Donc je comprends l'absence de commémoration en fait. Un célébration quelconque ou une information aurait pu secouer la conscience politique des Françaises et Français. A quelques jours du 19 mars, ça aurait pu donner des idées : "Comment, il y a 65 ans, des gens ont eu le cran de demander un société solidaire alors qu'ils étaient dans une position plus que précaire et dangereuse ? De mettre par écrit leur rêve alors qu'ils étaient traqués ?". Non, commémorer cet anniversaire aurait permis à des esprits chagrins d'établir de tristes parallèles...

Merci à Daud qui me l'a rappelé aujourd'hui.

Résistances !

Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle.

Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et sœurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste.

Mais cette menace n’a pas totalement disparu et notre colère contre l’injustice est toujours intacte.

Nous appelons, en conscience, à célébrer l’actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succéderont d’accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s’éteigne jamais :

Nous appelons d’abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l’anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des “féodalités économiques”, droit à la culture et à l’éducation pour tous, une presse délivrée de l’argent et de la corruption, des lois sociales ouvrières et agricoles, etc.

Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ? Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.

Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un nouveau “Programme de Résistance” pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.

Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.

Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection :

« Créer, c’est résister.
Résister, c’est créer. »

Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.

Lisez les biographies des treize signataires de l’Appel

23 commentaires:

  1. Bonsoir Gaël,
    C'est vraiment important de médiatiser ce texte...Il est toujours d'actu...

    Je vais aussi le relayer...

    Bises
    CC

    RépondreSupprimer
  2. Merci de m'avoir informer, cher Gaël ^^

    RépondreSupprimer
  3. @peuples tellement attardés que nos couteaux entre les dents sont maintenant rouillés et émousses, gaffe à toi le 19 mars !

    @Valérie mais de rien ! trés heureux que tu aies relayé aussi

    RépondreSupprimer
  4. Dire que ces événement sont les fondateurs d'un système égalitaire qui fonctionnait encore pas mal jusqu'à aujourd'hui... Bizarre qu'on en parle pas à la télé...

    RépondreSupprimer
  5. Sans forcément te suivre sur les parallèles avec aujourd'hui, c'est un beau billet que tu as écrit. Bizarre cette absence de commémoration, d'une partie de ce qui fait le socle fondateur de notre république...

    Bonne semaine

    RépondreSupprimer
  6. Merci Gaël pour le rappel ...

    Un grand moment , une grande idée, une immense humanité dans un des moments les plus sombre de notre pays.

    Une lueur dans la nuit, une leçon pour nous...

    Loin de fatalisme actuelle !

    Comme quoi c'est possible

    @ +


    @ falconhill : non, c'est normal dans la république de "rupture" les texte fondateurs n'ont pas de places.

    RépondreSupprimer
  7. En cette période, surtout, tout un symbole là aussi.

    je relaie

    RépondreSupprimer
  8. Ce programme n'a rien d'utopique puisqu'il avait été mis en oeuvre. Mais au nom de "la réforme" on n'a cessé - et on ne cesse encore - de défaire ces acquis politiques et sociaux. Défendre cela ne devrait même plus faire débat: ce sont des droits fondamentaux.
    Merci de nous le rappeler.

    RépondreSupprimer
  9. http://jen-airienadireetalors.20minutes-blogs.fr/archive/2009/03/16/conseil-national-de-la-resistance-et-choix-de-societe.html#comments

    RépondreSupprimer
  10. Bravo ! Il est urgent d'agir. Soyons nombreux et motivés le jeudi 19 mars pour exprimer bruyamment nos désaccords avec le régime actuel. Emmenez vos familles, vos amis, vos voisins, prenez des sifflets, des trompettes, des cornes de brume et des slogans pour vous faire entendre ! Vous pouvez trouver des munitions (slogans et dessins) sur mon blog http://www.lutopick.fr/blog/
    Article 35 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, 24 juin 1793:

    Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

    RépondreSupprimer
  11. Finalement, cet anniversaire ne passe pas tant inaperçu ;)

    RépondreSupprimer
  12. Le 15 avril 2008 dernier, en installant la ''Commission chargée de formuler des propositions pour réformer l'ordonnance du 2 février 1945 sur l'enfance délinquante'', Rachida Dati, Ministre de la Justice déclarait : « Pourquoi réformer l'ordonnance de 1945 ? L'ordonnance du 2 février 1945 sur l'enfance délinquante est ce que l'on appelle un « texte fondateur ». Il est devenu quasiment sacré... C'est un texte qui a perdu de son efficacité. Pourquoi? Parce que la société de 1945 n'a rien à voir avec la société de 2008. ». Cette déclaration fait écho à l'article de Denis Kessler, ex-vice président du MEDEF qui écrivait le 4 octobre 2007 dans le magazine Challenge : « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s'y emploie. La liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! ».

    http://isa.isa-geek.net/node/191

    RépondreSupprimer
  13. Le nazisme a disparu ?
    Il sommeille, enfui, caché, prêt à s'éveiller quand l'opportunité viendra..:(

    RépondreSupprimer
  14. J'en ai fait un billet, merci Gaël

    RépondreSupprimer
  15. @Homer, ouais personne n'en a parlé...

    @Marie-Georges merci à toi de ton double relais

    @Falconhille, oui les parallèles peuvent paraître délicats, mais il est surtout là pour dire que cela a été possible

    @Eric oui ça doit être possible, manque plus qu'une voix ou une lumière fédératrices

    @Christie merci

    @Hermes et oui ils et elles ont pu le faire

    @Elmone merci

    @Romain merci pour l'adresse, on va en revenir les besaces pleines :)

    @Daud merci pour l'information

    @Come&comm non et c'est tant mieux

    @Rimbus merci pour ce lien !

    @walkingthedog malheureusement c'est à craindre

    @Rimbus merci à toi

    RépondreSupprimer
  16. Gauchiisse va!
    Notre président bien aimé liquide le programme du CNR en faisant semblant de s'attaquer à l'héritage de Mai 68. Malin ça!

    RépondreSupprimer
  17. Un texte important de nos institutions qui contient de nombreux droits acquis.

    Je mets le lien sur mon blog.

    RépondreSupprimer
  18. Ton billet est bienvenu. Bravo.

    RépondreSupprimer
  19. Tout est dit. Et écrit.
    C'est bien. Rien à ajouter, sinon que c'était le bon moment pour le faire savoir.

    Bravo

    RépondreSupprimer

laissez moi un commentaire, ça fait toujours plaisir

(ne vous fâchez pas par contre, j'ai modéré les commentaires pour les billets ayant plus de 5 jours)