Affichage des articles dont le libellé est jeu d'écriture. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est jeu d'écriture. Afficher tous les articles

mardi 10 mai 2011

réparateur de photomaton

« Dipidib ! Dipidib ! Dipidib ! »

Jean-Yves regarda la radio qui clignotait. Encore un appel de la base.

« Oui ?
Kshhhh
- Jean-Yves ? Faudrait que t'ailles voir celui de la gare RER . Apparemment on a une panne et des clients se plaignent
Kshhhh
- ils se plaignent de quoi exactement ? De l'odeur comme la dernière fois ? Parce que bon m'envoyer réparer des cabines alors qu'elles ont juste besoin d'un bon nettoyage merci bien ! Je suis pas agent d'entretien moi !
Kshhhh
- non ça a l'air.. euh... bizarre cette fois...
Kshhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh

Des trucs bizarres il en avait vu Jean-Yves. D'ailleurs c'est bien simple c'était à croire que dans la Boîte on lui avait arrogé le titre de « démêleur de bizarrerie en chef ». Un décès dans une cabine ? Hop on l'appelait. Une disparition sans explication d'un client ? Hop encore bibi. À croire que personne ne sait les utiliser normalement ces satanées cabines. C'est quand même pas bien compliqué ! Il y a juste à glisser la pièce dans la fente et à se faire plaisir !

Le temps de se remémorer tous ces problèmes de cabine il avait déjà garé sa camionnette devant l'entrée de la gare RER. Il sortit son A4 plastifié « en chantier », le colla derrière son pare-brise non sans avoir regardé à droite et à gauche avant de s'engager sur les zébras. Des fois que la maréchaussée guette... Mais bon à cette heure là, presque 19 heures, il avait peu de risques de se faire tomber dessus.

En entrant dans la gare il croisa quelques uns des derniers « endettés » qui couraient pour sortir de la gare, récupérer les gosses avant la fermeture de la crèche, le linge au pressing pour le prochain week-end dont la principale occupation sera de manger le repas de communion d'une obscure petite nièce éloignée, et que sais je encore. Des gens pressés quoi. Tout le temps. D'ailleurs c'était son boulot à lui : rendre les cabines fonctionnelles pour permettre à ces gens courant en tous sens tout le temps de faire leur petite affaire le plus vite possible. Il voyait d'ici la panne pour laquelle on l'avait fait venir ici. A tous les coups un pressé avait tiré sur les clichés avant qu'ils ne soient secs. Trop pressé. Comme toujours. Lui Jean-Yves il avait réglé le problème. Enfin il, la vie avait réglé le problème pour lui. Les raisons économiques de la vie en somme. Son loyer ayant littéralement explosé en plein vol, il s'était entendu avec le patron pour pouvoir s'aménager une couchette dans la camionnette. Du coup il était opérationnel quasiment 24 heures sur 24. « c'est du gagnant gagnant » lui avait répondu le patron ! « en plus je te fais cadeau du loyer ! ».

Bon elle était où cette satanée cabine ?

Ils avaient le chic pour les planquer... au lieu de les mettre dans le passage. Mais merde ils éteignent la gare ?!

Le hall s'assombrissait au fur et à mesure qu'il s'y enfonçait. Il ne croisait plus que des ombres, de plus en plus fuyantes. De plus en plus éthérées.



Enfin au loin il la vit. Ou plutôt il devina deux tâches lumineuses. Qu'elle était lourde sa caisse à outils sur son épaule !

« Bon installons nous » se dit il en tirant le rideau. La cabine était impeccable, aucune trace douteuse, la vitre semblait propre, la fente aussi (pas de chewing gum ou pire collé dedans). Non tout avait l'air OK. Toutes les loupiottes fonctionnait. Les loupiottes ? Il ressortit précipitamment. Le fil d'alimentation était coupé net à l'arrivée sur le photomaton. Pourtant tout semblait fonctionner comme s'il était branché.

Ne comprenant pas trop il se rassit. Et glissa dans la fente le « jeton test » (autre brillante idée de son patron : avant toute ouverture de la machine, commandée depuis le central, on pouvait tester la machine avec un faux jeton. « Comme ça pas de tentation de se servir, c'est pour votre bien » qu'il leur avait dit le patron.). Ah zut c'était le modèle « Pirate des Caraïbes » (« toi aussi deviens un pirate des caraïbes ! Et fais toi prendre en photo avec les stars du film! ») il aurait préféré se prendre en photo dans le modèle « Winx », dont était fan sa fille. Ça lui aurait sûrement fait plaisir de recevoir une photo de son papa entouré de petites fées. Enfin il le pensait. Ça faisait un bout de temps qu'il n'avait pas eu l'occasion de lui parler au téléphone. Pas depuis que sa mère avait déménagé dans le Sud. À la recherche du soleil qu'elle avait dit, pour échapper à la grisaille de leur quotidien avait il compris.

Bon ben va pour Pirate des Caraïbes alors.

Choisir le fond de la photo, choisir la scène (tiens avec Johnny Depp le prenant par l'épaule ça pourrait quand même la faire marrer sa gamine, peut-être) et attendre le flash.

Le flash passé, un véritable tintamarre monta des entrailles de la machine. Il lui semblait reconnaître des voix. Chuchotant, riant, grimaçant. Puis plus rien. « chhhhhhtttttttttt, il regarde par la fente ! » abasourdi il se redressa et se cogna la tête.

Dans le réceptacle le cliché apparut enfin. De dos. En se frottant l'occiput il regarda le souffle chaud faire danser le papier photographique. Puis il le prit et le regarda.

Ce qu'il vit était loin d'un portrait entouré de pirates... Il était bien là, au milieu du cliché. Mais tout autour des anges ou d'autres figures ailées féminines l'entouraient. Le ciel était figuré par des nuages mais au-dessus on voyait un royaume céleste, peuplé là aussi de créatures éthérées semblant voleter de part et d'autre d'un astre flamboyant. Et au coin à droite, un homme, moustachu. Peignant cette même toile sur un chevalet. En y regardant de plus près on voyait que la scène se répétait à l'infini.

Complètement ébranlé il ressortit de la cabine. Le cliché à la main.

L'homme à la moustache était là. Sur une affiche. Il lut « Salvador Dali ».

Alors qu'il était là, les bras chancelants, une voix s'éleva. Elle provenait de l'affiche.

« je refuse que ce Charlie de la Chocolaterie soit le seul à pouvoir s'amuser avec des lutins !
- …
- j'ai donc décidé d'élever des mini Salvador dans cet antre technologique capable d'envoyer des éclairs aussi puissants que ceux de Zeus ! Et ainsi redonner un petit peu de la beauté qui m'entoure aux pauvres hères passant dans cette gare ! Qu'en pensez vous ?
- rien M'sieur Dali, j'en pense rien... ou plutôt si c'est une bonne initiative je trouve
- merci cher ami ! 

de retour à son camion, les poches pleines de "photos" de lui signées Dali (les unes avec des girafes enflammées, les autres au milieu de la gare de Perpignan, ...) il rappela le central : "RAS" et démarra vers un nouveau photomaton.


Photos : Louise imagine (merci infiniment pour le détail sur Dali)
 

~~~~~~~~~~~ Bookmark and Share

mercredi 6 avril 2011

Jeu d'écriture n°6 : à vos claviers



le 6ème jeu d'écriture est lancé ! Avec une très belle photo de Louise Imagine (son blog, son tumblr et son compte flickr : les trois étant à consulter sans modération je pense).


Le principe du jeu d'écriture (car c'est un jeu) est simple :


"A partir de cette photo, toutes et tous les volontaires écrivent un texte. Il n'y aucune contrainte de forme ou le style, seulement celle de s'inspirer de cette photo et de rester sur une longueur raisonnable pour un texte de blog.
Les blogueurs publient leur texte, la photo, un lien vers le blog de Louise Imagine et un autre vers le blog à 1000 mains, puis laisse un commentaire sous le billet de lancement pour signaler leur participation.
Ceux qui ne sont pas blogueurs mais veulent participer n'ont qu'à envoyer leurs écrits à l'adresse a1000mains@gmail.com en veillant à donner un titre à leur texte ainsi que le nom (ou le pseudo) qu'on devra faire apparaître en ligne."

On a jusqu'au 11 mai 2011 pour participer.

Pour faire plaisir à Nicolas j'ai installé le bouton boost, en suivant scrupuleusement la notice éditée par Lolobobo, mais bon j'ai pas trop compris à quoi ça servait...

~~~~~~~~~~~ Bookmark and Share

mardi 2 novembre 2010

elle s'appelait Marie-Noël

"tu m'en remets une ?
- la même ?
- ben ouais, on va pas commencer à taper dans le lusqueux non ?

à la cantonade : "d'ailleurs en parlant de lusqueux, vous devinerez jamais comment j'ai fini la soirée !
- le nez dans ta gerbe ?" demanda un des piliers, un sourire en coin
- mais non t'es con ! j'suis pas comme balmeyer ! J'étais chez moi dans mon pieu...
- ah ouais comme tous les soirs, quoi... Super fin de réveillon comme tout le monde ici en somme...
- 'tain vous êtes vraiment trop cons... allez vous faire voir, la prochaine elle est pas pour moi !


Car ce qu'il voulait raconter JB, pour les intimes, ou Jean-Balthazar pour l'employé d'Etat Civil qui avait reçu son paternel il y a maintenant 35 ans avec une petite pointe courroucée vu l'état d'alcoolémie avancée d'icelui, ce qu'il voulait raconter donc c'était avec qui il avait partagé son plumard, non pas plumard, lit, non même lit ne faisait pas assez classieux comme écrin pour cette nuit passé avec elle (on n'ira pas non plus jusqu'à nid d'amour, faut pas abuser, JB c'est quand même pas un romantique à la mord moi l'noeud).

Il était sorti de ce rade comme tous les soirs, un peu plus tard, c'était le réveillon et il y avait eu repas amélioré et le patron avait fermé à 1 heure du matin (officiellement 23 heures, mais une fois les rideaux tirés il avait gardé ses habitués : de toute façon pas grand monde avait envie de rentrer dans sa solitude mater un programme de variétoche qui aurait la même saveur que celle de quand ils étaient petits et qu'ils avaient le droit d'aller dans la chambre où il y avait une télé pour ne pas déranger les adultes qui avaient des choses de grand à se raconter).

Sur le parking devant son immeuble, elle était là. Emmitouflée de rouge, de la moumoutte bloche aux poignets. Une apparition dans ce gris, rendu blafard par la pleine lune. Elle avait l'air paumée, mais qui ne l'est pas à cette heure au milieu des tours ? Lui il était un peu chaud, le kipik en fin de repas lui avait légèrement remué la tête alors il aurait pas dû dire oui à la poire. Et forcément c'est ce soir qu'elle tombe sur lui, ou lui sur elle, ou il ne sait plus trop.

"Vous n'auriez pas vu mon père ?
- Votre ?!
- Mon père, on était là pour une étape et on devait repartir, on a une longue nuit
- Ben honnêtement, là franchement, je crois qu'il vous a laissé tomber, parce que" et son regard se perdit dans le lointain horizon, fait de parkings à moitié déserté, et de tours dont quelques appartements étaient encore éclairés : un vrai paysage de western ! Pour un peu il se serait pris pour un peau rouge, ou mieux le dernier des Mohicans, prêt à enlever cette jeune squaw. Ils disparaîtraient tous les deux et jamais ne reviendraient ici, dans ce paysage merdeux, où l'avenir semblait aussi bouché que le ciel.
"parce que franchement c'est pas vraiment un endroit pour abandonner une jeune fille... Une nuit de Noël, dites vous êtes pas enceint au moins ?
- comment ?!
- non mais c'était une blague, comme Marie, là, le soir de Noël dans une étable...

Devant l'effet boeuf de sa blague, se sentant l'âne de la soirée, il décida de se montrer princier :

"vous voulez monter ?
- vous n'allez pas un peu vite en besogne ?
- ah mais j'ai gardé le vouvoiement, attention hein, ce serait en tout bien tout honneur !

L'air perdu dans le vague, les yeux à la recherche du véhicule paternel, elle finit par accepter d'un hochement de tête.

"ah ! enfin ça devient intéressant ! alors t'as tiré ton coup ?!
- 'tain vous êtes vraiment trop cons...." il se rendit alors compte qu'il venait de raconter tout ça (encore qu'il ne savait plus trop à quel moment de l'histoire les mots avaient franchi ses lèvres, humectée de la dernière gorgée de bière). Il se décolla du comptoir, prit son verre, et alla se poser à une table, loin des regards goguenards et gourmands de ses acolytes de chaque soir.

Lorsque l'artiste rentra, il se précipité vers elle : "hé viens voir par là !". Elle le rejoignit et ils papotèrent longuement, elle sortant un bloc de dessin et ses couleurs (c'est joli cette expression "ses couleurs"), lui s'enflammant en chuchotant. Les piliers entnedirent tout juste, en dressant l'oreille :
"maisij'ensuiscapable,fautjustequetumemontresquelquestrucs "

Le patron ferma plus tôt ce soir là.

Le lendemain et les jours qui suivirent, JB n'apparut pas au troquet. On était habitué de ses mystères, un jour là, plusieurs mois absent (c'était toujours un plaisir de le revoir pourtant). Et puis un jour, personne ne se souvient plus par qui ou comment, mais on apprit qu'il avait cassé sa pipe. Dans son appart'. L'artiste avait reçu d'un voisin le dessin qu'il avait laissé sur la table de la salle à manger, au milieu de milliers de brouillons, sur lesquels l'aquarelle était mêlée à des tâches d'eau ronde (des larmes ? peut-être sûrement). Elle le ramena au troquet. Maintenant elle trône derrière les bars au milieu des cartes postales des clients et des employés.

dessin de Marlène


Et tous les ans à cette date, un pilier se lève et glisse une pièce dans le juke-box :




ceci est une modeste participation au jeu d'écriture n°5, puisse t'elle avoir l'heur de vous distraire quelques instants en cette période de listes de Noël...

~~~~~~~~~~~ Bookmark and Share

vendredi 12 mars 2010

Jeux d'écriture n°3

M1, Madame Kevin et Lizly ont lancé le troisième jeu d'écriture.

Quoi qu'il faut faire ?

  • Regarder cette photo :


  • Imaginer un ou plusieurs textes en rapport
  • Le publier sur son blogue, ou le proposer par mail à l'un des blogueurs cités en début de billet, avant le 30 mars.
C'est simple non ?

Quoi qu'on gagne ?

Rien, juste le plaisir de voir sa bafouille aux côtés de celles de plumes autrement plus habiles sur le blog Haddock : le blog à mille mains

Create your own video slideshow at animoto.com.





Déjà, Balmeyer s'entraîne en cachette, sous couvert d'histoire de Blanche Neige (et si dans cette satanée valise c'était justement une paire de poumons neufs pour le marcassin devenu mafieux russe, et qui attend dans son hôtel 4 étoiles ?). Mtislav a préparé son introduction sur une autre princesse. Ferocias essaiera t'il de battre Nicolas Ancion en nous pondant un roman en moins de 20 heures ? Nefisa doit être en train d'imaginer une histoire après avoir entendu cet extrait de Mumiy Troll. J'espère que CC y passera un peu de temps pendant sa soirée d'élection. Nicolas a certainement remarqué que le néon de l'hôtel dit "a la come.." et va nous pondre une jolie scène de troquet dont il a le secret. Zoridae nous racontera t'elle une des ces histoires pleine d'émotions dont elle a le secret ? Monsieur Poireau acceptera t'il de participer même si ce n'est pas une de ses photos qui a été choisie ? Malbeyer nous enchantera t'il une nouvelle fois de ses audaces sémantiques et stylistiques ? Dorham laissera t'il de côté ses innombrables et longues séries pour se laisser aller à un petit jeu ? Marc trouvera t'il le temps de venir jouer avec nous ? Le Coucou nous régalera t'il encore de ses textes ciselés, inspirés de cette photo-rébus ? Trublyonne nous fera t'elle le plaisir de participer ?

Allez les aminches :
comme au temps des tortues de mer !
En avant et amusons nous avec les mots et les photos !
~~~~~~~~~~~